Trois questions à Suzy Rojtman, Porte-parole du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF)

jeudi 30 novembre 2017

(extrait du journal national "Expressions Solidaires" de novembre 2017) 

Comment analysez-vous l’ampleur de la mobilisation contre les violences sexuelles ces dernières semaines ?

La mobilisation sur les réseaux sociaux a été précédée par celle contre la répression à l’encontre de Jacqueline Sauvage fin 2015. Une pétition a récolté près de 400 000 signatures. Ce qui était insupportable aux yeux des signataires comme de l’opinion publique était que cette femme avait enduré pendant 47 ans des violences de la part de son mari, qui violait aussi ses filles, se voyait condamnée par 2 fois à 10 ans de prison ferme car elle l’avait tué. Les personnes étaient indignées car la société n’avait rien vu ou plutôt pas voulu voir. Elle aurait pu avoir une condamnation symbolique. Une fois de plus la justice montrait son caractère patriarcal. Aujourd’hui c’est un mécanisme semblable d’indignation contre l’impunité des agresseurs couplé au fait, mais c’est la même démarche, pour de nombreuses femmes, de vouloir «révéler» les violences qu’elles ont aussi subies. Cela fait résonance chez toutes les femmes parce que, à un degré plus au moins important, nous avons toutes subi des violences. La première mobilisation portait en elle les prémisses de la seconde. Plus tout le travail des féministes durant des années sur le sujet. La cocotte-minute devait exploser. C’est le condensé de la domination masculine, et la justice est toujours inepte là-dessus. C’est aussi un mouvement mondial puisqu’il y a eu antérieurement de véritables mobilisations sociales en Inde, en Argentine, etc. C’est un mouvement de fond qui ne s’arrêtera pas.


Le CNDF a travaillé sur une loi-cadre contre les violences, quels en sont les principaux points ?

Cette loi-cadre que nous avons entièrement rédigée comme une proposition de loi part du principe que l’on ne peut aborder les violences que d’un point de vue global et du point de vue des victimes. On ne peut se contenter de faire des lois au gré des rapports de forces entre féministes et gouvernements et entre les différents partis représentés au Parlement. Cela est fait sciemment. Dans cette loi-cadre, nous abordons de nombreux points qui sont autant d’éléments pour lutter efficacement contre les violences faites aux femmes. Ce qui est primordial, c’est la sensibilisation, la prévention, l’éducation avec en ligne de mire essentielle l’école où tous les élèves devraient être obligatoirement formés à l’égalité filles garçons, au respect mutuel, à la lutte contre les violences. Autre chapitre important: une loi qui interdit toute publicité ou image dans l’espace public à caractère sexiste et dégradant pour les femmes. Cela incite aux violences. Un point fort: les droits des femmes victimes de violences avec un focus sur l’hébergement. L’ouverture de maisons d’hébergement devrait être inscrite dans la loi. Dans le chapitre sur les prestations sociales, nous prônons de verser des aides sociales aux femmes victimes de violences les plus démunies. Le chapitre qui traite du droit au travail préconise notamment la réduction ou la réorganisation du temps de travail, la mutation ou l’affectation dans un autre établissement des victimes qui le demandent. Ces femmes ne pourraient être sanctionnées pour non-respect des horaires de travail ou pour absences. Ces mesures sont valables pour les trois fonctions publiques et le privé. En matière pénale, nous suggérons notamment la création d’un délit spécifique de violence conjugale où toute «l’historicité» des violences pourrait être retracée durant 6 ans (délai de prescription pour un délit). Ensuite deux points importants sont la création d’un tribunal de la violence à l’encontre des femmes avec des compétences pénales et civiles, juridiction spécialisée avec des magistrats spécialisés, vu l’importance du contentieux et le fait d’ouvrir l’ordonnance de protection à toutes les femmes (et pas seulement victimes de violences conjugales ou menacées de mariage forcé), en la faisant passer du code civil au code pénal.


Les mobilisations féministes semblent plus vivaces dans la période, quels en sont les ressorts ?

Ces mobilisations soulèvent un paradoxe: alors que le regain des luttes féministes a toujours été très lié aux moments forts du mouvement social, là les choses semblent être découplées. Et on retrouve une mobilisation féministe dans tous les «secteurs», que ce soit en faveur de l’égalité salariale ou contre les violences, alors que le mouvement social présente des difficultés. L’avortement est aussi un sujet très sensible. Maintenant que nous avons acquis l’égalité formelle, il y a une révolte contre les inégalités persistantes et bien réelles. Et toutes les femmes, dans toutes les classes sociales, vivent ces inégalités. C’est peut-être cela le ressort de ces mobilisations si massives. Parallèlement, on a réussi à faire émerger le fait que les femmes étaient massivement touchées par les réformes de régression sociale de Hollande ou Macron. Le travail en commun entre des associations féministes et les organisations syndicales est très positif.


Alors, peut être que le 8 mars prochain, avec notre mot d’ordre de «Grève des femmes » sera une date très importante de tout le mouvement…


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