Mise en péril de l’enseignement de l’occitan

jeudi 18 avril 2019

La réforme Blanquer du baccalauréat général et technologique organise concrètement la mise en concurrence des établissements, des territoires et des individus. L’objectif majeur de cette réforme est de réduire drastiquement le nombre de postes, afin de remplir les classes au maximum. Plus de 2500 suppressions de postes sont prévues, à travers une réduction massive des horaires disciplinaires.

La déclinaison avec l’enseignement de l’Occitan

En Aveyron, la DASEN* prétend que la réforme Blanquer ne met pas en péril l’enseignement de l’Occitan, qu’il n’y a « aucune baisse de moyens », « aucun recul » et que les Chefs d’établissements sont « tous rassurés ».(1)

Or, si certains établissements (mieux lotis dans leur dotation, ou plus volontaires dans la sauvegarde de l’enseignement de langue régionale) garantissent une continuité de l’enseignement de l’occitan, la rentrée 2019 verra l’occitan disparaître du lycée Savignac de Villefranche de Rouergue. En effet, les enfants ayant suivi une section bilingue français –occitan depuis la maternelle puis au collège ne pourront pas poursuivre leur cursus en occitan qui sera fermé en 2nde l’année prochaine avant d’être fermé en 1re puis Terminale pour les années suivantes.

Il en est de même pour les collèges d’Onet-le-Château et collège Fabre de Rodez, où à la rentrée 2019, l’enseignement optionnel ne sera plus proposé en 5e avec pour conséquence évidente d’assécher à moyen terme le vivier d’élèves suivant un enseignement d’occitan par la suite au lycée.

Sacré tour de passe-passe que d’annoncer que tous les collèges de l’Académie de Toulouse reçoivent une dotation suffisante ! En effet, c’est le principe bien connu du déshabillage de Pierre pour habiller Paul : les heures d’occitan sont désormais incluses dans les DGH* et c’est donc forcément la mise en concurrence avec d’autres matières.

Le pouvoir discrétionnaire de la hiérarchie s’en trouve encore renforcé... Ambiance garantie à tous les étages : entre les Chefs et les personnels ainsi encouragés à toujours plus de docilité ; entre les collègues qui, pour survivre, doivent exceller dans l’art du tirage de la couverture à soi, une couverture qui ne cesse de se réduire comme peau de chagrin !

Mais les coups durs pour les langues régionales ne s’arrêtent pas là. La réforme du baccalauréat leur prévoit une place bien restreinte, n’octroyant qu’un très faible coefficient pour l’enseignement optionnel Langue et Culture Régionale. En effet l’occitan choisi en enseignement optionnel ne comptera que pour 1% de la note, là où les Langues et Cultures de l’Antiquité bénéficieront d’un coefficient trois fois plus élevé. L’argument ministériel est bien sûr l’intérêt supérieur des langues anciennes comme élément constitutif du patrimoine de la France. Faudra-t-il attendre que les langues régionales de France soient définitivement mortes pour que le ministre daigne les prendre en considération ? Depuis 2008, les Langues Régionales sont entrées dans la Constitution Française (3) qui concède enfin qu’elles appartiennent au patrimoine de la France, reconnaissant ainsi leur apport à la richesse culturelle et à la diversité linguistique. Mais cela ne semble pas être suffisant pour M. Blanquer qui ouvre, sous couvert d’économies et de « rationalisation », une « chasse aux patois » rétrograde renvoyant aux heures sombres de la IIIe République et à ses politiques les plus réactionnaires en matière d’éducation.

Malgré le soutien de nombres d’élus aveyronnais qui prennent publiquement position pour la défense et le développement de l’enseignement de l’occitan (le Conseil Départemental de l’Aveyron a voté à l’unanimité une motion en ce sens, tout comme les conseils municipaux de Rodez, Saint Affrique et Villefranche de Rouergue, l’ensemble des parlementaires du département ont signé une lettre commune adressée au ministre et à la rectrice), malgré la pression de la société civile (une manifestation pour l’enseignement de l’occitan a regroupé 3000 personnes à Toulouse le 17/02/19 à l’appel du Centre Régional des Enseignants d’Occitan, une pétition en ligne a regroupé près de 10 000 signatures en quelques semaines, la place des langues régionales fut un des thèmes récurrents du « grand débat » (2)) le ministère reste sourd aux revendications des enseignant.es d’occitan.

Nous exigeons aujourd’hui le retour à des moyens spécifiques pour l’enseignement de l’occitan et un traitement égal entre Langues et Cultures Régionales et Langues et Cultures de l’Antiquité. Pas d’Occitanie sans l’occitan !

L’école Blanquer = l’école de la concurrence !

SUD Education 12 revendique et lutte pour l’abrogation de la réforme du lycée et du bac

  • DASEN : Directrice Académique des Services de l’Éducation Nationale
  • DGH : Dotations globales horaires
    (1) Centre Presse 20 mars 2019
    (2) L’obs 13/02/19 https://www.nouvelobs.com/societe/2...
    (3) article 75-1

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