Chronique d’une mort annoncée de l’enseignement professionnel sous statut scolaire

vendredi 14 décembre 2012

Avant même la fin des consultations dans le cadre de « refondons l’école », l’Etat et  l’association des régions de France (ARF) signaient une déclaration commune, le 12 septembre 2012, précisant l’acte III de la décentralisation.

Ce texte intitulé « 15 engagements pour la croissance et l’emploi » porte le coup de grâce au service public national d’orientation et impacte, non sans dégâts, l’enseignement professionnel sous statut scolaire.

 

    Cet accord attribue aux régions le pilotage de la carte des formations. On peut craindre que cette carte des formations ne s’adapte étroitement aux besoins des entreprises de la région en faisant fi des aspirations des élèves à choisir une orientation, conforme à leur projet professionnel à long terme.

Ajuster une carte des formations aux débouchés locaux, c’est courir un double risque : celui de définir des besoins en fonction d’un marché du travail instable et soumettre donc la politique éducative aux aléas de la conjoncture économique. Celui d’inscrire des formations dans le cadre étroit de la région : on ne forme pas des élèves pour qu’ils trouvent nécessairement du travail dans leur bassin de formation.

Le plan académique de formation pour l’année 2012-2013 insiste entre autre sur la nécessité de « rationaliser l’offre de formation des LGET et des LP ». Avec un tel objectif à quoi bon maintenir une formation dans un établissement si elle n’est pas suffisamment attractive ? Nonobstant l’enclavement, l’isolement, la ruralité de l’établissement… A quoi bon maintenir une formation dans un établissement si une formation identique est proposée dans un autre établissement du département ?

On ferme ici, on maintient ailleurs et on met les établissements en concurrence. Derrière cette rationalisation se profile aussi un renforcement de la spécialisation des lycées professionnels .

Cela signifiera une homogénéisation des formations et des publics au détriment d’une diversité qui fait la richesse des LP : Métiers de la gestion, des services, de la vente, de l’aide à la personne…occasion pour les élèves de côtoyer des corps de métiers variés et pour les élèves de 3° prépapro d’ouvrir leurs possibilités de choix.

Le rationalisation de l’offre, la spécialisation des LP vont déboucher sur un appauvrissement des formations et exiger des élèves davantage de mobilité géographique. Dans les « 15 engagements pour la croissance et l’emploi », le couple Etat /régions s’engage à accorder des aides à la mobilité ; contraignant les jeunes à de laborieux déplacements qui occasionnent abandon et renoncement, coups financiers supplémentaires pour les familles….sans parler des élèves qui font choisir leur spécialité en fonction des offres les plus proches de leur domicile, ce qui a des répercussions sur leur motivation tout au long de leur formation.

       En préemptant les différentes voies de la formation professionnelle, les régions obtiennent ainsi tous les pouvoirs pour accentuer leur politique de développement et de promotion de l’apprentissage. Le développement de l’apprentissage fait aussi partie des priorités du plan académique de formation et du rapport Gallois… qui propose de « doubler le nombre de formations en alternances sur la durée du quinquennat » (proposition n°15). Penser que l’apprentissage sera un remède à l’échec scolaire, c’est occulter le taux élevé de ruptures de contrats (30% la première année) ; c’est ignorer qu’ en Allemagne, pays considéré comme un archétype de mise en œuvre, ce système de formation est interrogé sur ses performances.

        Avec le développement de l’apprentissage, le lycée des métiers dont la vocation est d’accueillir tous les publics, prend toute sa mesure. Formation sous statut scolaire, en apprentissage, formations pour adultes (plus que jamais d’actualité au moment où l’AFPA (association pour la formation professionnelle des adultes) met la clé sous la porte et où l’avenir des GRETA est menacé) doivent trouver leur place dans un même établissement mais aussi dans une même « classe ». Enseigner à des élèves qui ne suivent pas les mêmes rythmes de formation, relève pour les enseignants de la mission impossible, pédagogie différenciée ou non !

Avec le développement de l’apprentissage aux dépens de la formation initiale, les professeurs de lycées professionnels vont être contraints de compléter leurs services en apprentissage. Mais face aux classes d’apprentis, le statut particulier de PLP ne s’applique pas (l’employeur n’est pas le même : l’Etat pour la formation initiale / un CFA régional ou privé pour l’apprentissage). Ce statut est donc le dernier verrou du dispositif qui doit sauter !

 

A nous de le défendre ! A nous aussi de défendre un projet d’école émancipatrice et de transformation sociale porté par un service public d’éducation de qualité garant d’une société égalitaire !

 


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